Raymond Aron, Liberté et égalité, éditions EHESS

by Olivier Avenel | janvier 4, 2014 3:31


<Abstract>

Le 4 avril 1978, Raymond Aron prononce au Collège de France le dernier cours d'une longue carrière de professeur et d'homme public. Il s'y interroge sur le devenir des démocraties libérales, qui entendent s'orienter vers la meilleure harmonisation possible entre les idéaux de liberté et d'égalité. Raymond Aron fait entendre ici l'inquiétude civique qui ne l'a jamais quitté.

</Abstract>

<Sommaire>

<Chapitre 1>Les libertés dans les démocraties libérales</Chapitre 1>

<Chapitre 2>Conscience de la liberté et représentation de la bonne société</Chapitre 2>

<Chapitre 3>Enjeux philosophiques et expérience de la liberté</Chapitre 3>

<Chapitre 4>Le refus total de la société comme nouvelle façon de penser</Chapitre 4>

<Chapitre 5>Liberté politique et liberté philosophique</Chapitre 5>

<Chapitre 6>L'exception heureuse des sociétés libres</Chapitre 6>

</Sommaire>

<Auteur>

Raymond Aron

D'abord ami et condisciple de Jean-Paul Sartre [1] et Paul Nizan [2] à l'École normale supérieure [3], il devient, lors de la montée des totalitarismes [4], un ardent promoteur du libéralisme [5], à contre-courant d'un milieu intellectuel pacifiste [6] et de gauche [7] alors dominant. Il dénonce ainsi, dans son ouvrage L'Opium des intellectuels [8], l'aveuglement et la bienveillance des intellectuels à l'égard des régimes communistes [9].

Pendant trente ans, il est éditorialiste au quotidien Le Figaro [10]. Durant ses dernières années, il travaille à L'Express [11]. Grâce à des compétences et des centres d'intérêt multiples — en économie [12], sociologie [13], philosophie [14], géopolitique [15] — il se distingue et acquiert une grande réputation auprès des intellectuels. Ses convictions libérales et atlantistes [16] lui attirent de nombreuses critiques, venant des partisans de la gauche, comme de ceux de la droite.

Il garde néanmoins tout au long de sa vie un ton modéré. Il est un commentateur reconnu de Karl Marx [17], Carl von Clausewitz [18], Kojève [19] et Sartre [20].

Wikipedia fr: http://fr.wikipedia.org/wiki/Raymond_Aron [21]

</Auteur>

 

 


2 Comments
admin dit :

Commentaire sur l'introduction de Pierre Manent

Dans cette introduction l'auteur décrit la pensée de Raymond Aron en essayant de la classer dans une case de la catégorisation philosophique et politique. Ainsi on nous présente Aron comme un classique libéral mais moderne. Ce point illustre le fait que cette catégorisation est contemporaine de la société et de la période à laquelle elle a été formulée. Notre opinion sur le sujet est qu'aujourd'hui cette catégorisation impose des divisions entre les concepts philosophiques et politiques, divisions que le progrès a dépassé pour proposer des solutions sociales et technologiques réunissant des idées autrefois opposées.

Cette façon de classer dans une catégorie un philosophe ou un homme politique sonne un peu comme un jugement qui pourrait être très proche d'une condamnation. C'est un peu comme si le problème de l'identité philosophique d'Aron pour le lecteur devait avoir une importance capitale.

Nous découvrons dans l'analyse de l'auteur certaines classifications comme les modernes ou les classiques et le débat les opposant. Nous sommes surpris par la finalité du débat qui repose principalement sur un problème d'identité et de changement dans la société. Nous préférerions voir un continuum dans l'histoire axé sur l'innovation technologique et sociale et s'appuyant sur un historique centenaire. On pourrait suggérer que cette apologie du changement efface les motifs réels de l'innovation au profit de la contemplation de ses effets. De ce point de vue nous préférons le regard sociologique de Max Weber qui présente une analyse plus fine et plus rationelle des mécanismes politiques, religieux et économiques (Max Weber, Economie et société, tome 1, pocket).

On remarquera que l'analyse de l'auteur s'appuie sur une analyse psychologique de Raymond Aron. Raymond Aron a lui aussi eu recours dans ses écrits à l'analyse psychologique de Clausewitz, ce qui nous avait laissé assez sceptique sur la compréhension de l'action et de sa psychologie par celui-ci (Raymond Aron, Penser la guerre, Clausewitz, L'age européen, Gallimard).

Le corollaire à cette remarque est que la sémantique des mots utilisés par l'auteur n'a de sens que pour les diplômés de troisième cycle en sciences politiques ou en philosophie.

Nous tenons un propos peut être un peu trop critique envers l'auteur, ce n'est qu'une introduction, mais cela est dû en grande partie à l'analyse très sévère que nous élaborons à partir des observations que nous retirons de la presse avec nos systèmes depuis la crise économique de 2008-2009.

admin dit :

Commentaire sur le discours

L'auteur introduit la notion de liberté en plaidant pour le pluralisme de la notion, les libertés politiques, sociales, individuelles...
Notre interprétation concernant les libertés repose sur la notion d'équilibre coopératif et son opposée, la notion d'équilibre attracteur compétitif. Ainsi les libertés sont une condition de l'équilibre coopératif au niveau d'une nation, mais ce sont une condition insuffisante pour justifier de sa stabilité qui permet de s'élever au dessus de ce que l'auteur appelle, en référence aux philosophes, l'état de nature. L'état de nature où prédomine la loi du plus fort est ce que nous appelons un équilibre compétitif attracteur dans la mesure où il est naturel d'être en compétition alors qu'il faut faire un effort pour agir dans le domaine de la coopération.

Notre opinion sur la stabilité de l'équilibre coopératif consiste à y voir une construction sociale et technologique. Ainsi la déclaration d'un état où règnent les libertés est une construction sociale matérialisée par une infrastructure gouvernementale. Cette construction sociale démarre dans l'antiquité et en ce qui concerne la France, est symbolisée par un effondrement lié au caractère compétitif d'une société de castes, la révolution de 1789. L'Etat moderne est le fruit d'une construction, d'une intelligence collective qui perdure dans le temps depuis cette date.
Aujourd'hui des outils technologiques comme internet, qui permettent l'accès à des ressources communes avec des logiciels à grande audience comme Windows, Google, Facebook, mais aussi Linux et l'écosystème des logiciels libres sont une innovation technologique qui favorise l'équilibre coopératif. Nous appelons système général l'ensemble de ces logiciels dont il faut maîtriser la provenance et la technologie. Peut être devrions nous les appeler systèmes généraux dans la mesure où leur architecture peut être différenciée et concurrente.
Ainsi le système général est aujourd'hui un outil qui met en évidence la nature libre ou aliénée, "propriétaire" en référence à la servitude et aux logiciels à code source fermés, des individus et des sociétés. C'est pourquoi l'utilisation d'un outil comme le système général renforce le caractère fermé ou ouvert de la société dans laquelle il est déployé, à plus forte raison si son approvisionnement et son déploiement sont d'origine étrangère et propriétaire.

L'auteur développe ensuite une analyse sur le sentiment de liberté et la confusion dans nos sociétés occidentales entre le droit à la liberté et le droit à l'égalité. On remarque une fois de plus que c'est la sémantique commune de la notion d'égalité qui ne permet pas de la comprendre directement et de l'accepter. L'auteur poursuit par un regard sociologique sur les inégalités dans la société, inégalités se traduisant par un rapport de puissance et de domination. Personellement notre analyse repose sur une équation mathématique symbolisant la construction, ou la destruction, économique: la contrainte budgétaire. Il faut remarquer en ce début du XXIème siècle que les crises économiques (2008-2009) sont le fruit d'une compétition internationale dont le seul enjeux est la domination économique au moyen de la contrainte budgétaire. Cette contrainte budgétaire est d'ailleurs une aliénation obligatoire de la société occidentale au niveau de l'individu, mais elle est utilisée dans des rapports de force d'Etats à Etats dans le cadre de la géopolitique du commerce ou de la guerre économique. La notion de contrainte budgétaire est ce qui symbolise le jeu économique dans la société (dans le sens de la modélisation en théorie des jeux) et c'est précisément l'état de nature dans l'économie, l'attraction de la compétition et le manque de rationalisation de l'économie par l'Etat qui permet l'exercice de la contrainte budgétaire sur les populations locales par un pays tiers dans le cadre des relations internationales. On illustrera par la notion d'attaques de Supply Chain mentionnée dans l'ouvrage de Libicki (Martin C. Libicki, Cyberdeterrence and cyberwar, Rand corporation)

On remarquera que l'auteur n'aborde pas la notion de fraternité, peut être est ce dù à son esprit critique et à sa grande intellectualisation. Notre opinion sur le sujet repose sur la notion de bienveillance, élément décisif de la fraternité. La bienveillance est en effet nécessaire à l'équilibre coopératif, car elle permet de s'affranchir des mécanismes rudimentaires de la compétition. Nous faisons historiquement appartenir la notion de bienveillance aux racines altruistes des religions ou des philosophies du monde.