Max Weber, la domination, La découverte

by Olivier Avenel | juin 7, 2014 12:29


<Abstract>

Près d'un siècle après sa publication en allemand, La Domination est enfin disponible en traduction française, sur la base de l'édition critique de référence. Il s'agit d'un pièce fondamentale de la sociologie politique de Max Weber. Ces manuscrits, rédigé avant la Première Guerre mondiale, sont fascinants par leur érudition et leur inventivité conceptuelle. C'est en les rédigeant que Weber forge des notions qui restent aujourd'hui encore des références incontournables pour toute sociologie politique: les trois modes de domination légitime, le passage de la domination des notables à la domination des partis de masse, l'opposition groupe de status (Stand)/ classe (Klasse), le patrimonialisme, la hiérocratie, la domination charismatique et le charisme de fonction n'en sont que les exemples les plus célèbres.

</Abstract>

<Sommaire>

<Partie 1>Sur la domination</Partie 1>

<Partie 2>La domination bureaucratique</Partie 2>

<Partie 3>La domination patrimoniale</Partie 3>

<Partie 4>La domination féodale</Partie 4>

<Partie 5>La domination charismatique</Partie 5>

</Sommaire>

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<Auteur>

Max Weber

Max Weber est considéré comme le fondateur de la sociologie compréhensive. La sociologie compréhensive est une approche sociologique qui fait du sens subjectif [1] des conduites des acteurs le fondement de l'action sociale [2]. Ce modèle d'analyse du social - centré sur les individus et leurs motivations à agir - est notamment explicité dans son ouvrage L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme [3], publié sous forme de deux articles en 1904 et 1905 . Celui-ci est une analyse des facteurs religieux dans le processus de rationalisation, à savoir les effets de la réforme protestante sur l'activité économique capitaliste. L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme [3] est un classique de la sociologie, sur laquelle il a exercé une influence considérable.

Wikipedia FR: http://fr.wikipedia.org/wiki/Max_Weber [5]

</Auteur>


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Introduction

commentaire général

La première partie de l'introduction décrit la démarche sociologique de Weber, caractérisant son approche par une démarche transdisciplinaire et déductive (probabiliste). Le point nous intéresse, nous l'avons déjà explicité dans un commentaire de Philippe Riutort, Sociologie de la communication politique, Collection Repères, pour caractériser notre propre démarche et notre conception personnelle de l'économie et de la sociologie économique. Nous avons une approche technique de l'économie, dans le cadre de la mise en place de l'organisation industrielle, en d'autres mots de la logistique. Cette approche technique se poursuit par une approche de la sociologie économique à la lecture de l'oeuvre de Weber qui a façonné notre conception du monde sur l'économie et la religion. Les traducteurs le remarquent, l'oeuvre de Weber est proche d'une modélisation mathématique de la société à la différence d'une approche quantitative s'appuyant sur des statistiques. Aujourd'hui nous revenons sur ce point pour préciser que la conception de l'économie par Weber est une conception qui marque un degré de performance économique au niveau d'une nation. La lucidité de la description des mécanismes économiques par Weber est un avantage concurrentiel au niveau des décideurs politiques, ce qui nous fera suggérer que c'est la raison pour laquelle la société allemande a moins souffert de la crise économique de 2009 par comparaison aux autres pays de la zone euro. Cela nous fera également suggérer que la lucidité de Weber dans la description des mécanismes économiques est propice à une compréhension holistique (transdisciplinaire) favorable à l'informatisation de l'économie.

Dans la suite de l'introduction les traducteurs évoquent la distinction entre la domination en vertu d'une configuration d'intérêts et la domination en vertu d'une autorité. C'est précisément l'identification de la nature de la domination qui caractérise la performance économique d'une intelligence collective dans le cadre d'un protocole de négociation. Nous reviendrons sur ce point lors de l'analyse des autres chapitres de l'ouvrage, en essayant de développer en quoi les mécanismes de gestion de la domination s'élaborent de façon incrémentale et participent à l'amélioration de la performance économique en inhibant les problèmes de dignité et de souffrance liés à la domination en vertu d'une autorité. La domination en vertu d'une autorité est une constante dans la naissance des civilisations, elle possède un caractère structurant qui nous fait suggérer qu'elle provient d'une caractéristique biologique de l'espèce humaine. Ce dernier point devra d'ailleurs se discuter en fonction de la distinction entre l'inné et l'acquis.

Les traducteurs développent ensuite la notion de légitimité de la domination permettant son acceptation par les partis en présence. Cette démarche théorisée en théorie des jeux est ce qui permet d'instaurer un équilibre coopératif favorisant ou entretenant une démarche de coopération, d'intelligence collective. Les auteurs situent la démarche de Weber visant à promouvoir le concept de domination légitime en 1911 peu avant la première guerre mondiale.

On remarquera que selon les traducteurs le terme "Herrschaft" peut avoir plusieurs acceptations "domination", mais aussi "règne", "souveraineté", voire "autorité" - ou encore traduit en anglais "rule".

Le positionnement des traducteurs amène ensuite l'interrogation sur la société contemporaine, précisant que "à l'heure où les partis de masse ont quasiment disparu et où les partis politiques sont de moins en moins en mesure d'organiser autour d'eux la société" les analyses de Weber restent d'une actualité étonnante.

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Sur la domination

Commentaire général

Dans cette première partie les traducteurs analysent la définition restrictive de la domination, dans le sens où elle implique soumission et obéissance unilatérale, en procédant d'une analyse comparative de notre société contemporaine. Il s'avère en effet que la société occidentale présente par sa complexité technologique une réelle opposition à la domination unilatérale. Des exemples cités par les traducteurs illustrent fort bien la réciprocité des engagements et des contraintes, c'est pourquoi notre démarche de recherche s'appuyant sur l'analyse de l'interaction des technologies de l'information avec la société, est consacrée à la coopération et plus particulièrement aux équilibres coopératifs. Il faut remarquer que l'évolution des équilibres coopératifs dont les droits de l'homme, l'émancipation féministe, la liberté d'expression, ... sont les précurseurs, a pris un virage historique à l'apparition d'Internet. La dématérialisation des échanges a permis la mondialisation économique en permettant l’essor de nouvelles formes de collaborations et de coopérations. La technologie numérique, en apportant une information hautement agrégée aux décideurs politiques et économiques a bouleversé les paysages économiques mondiaux. Les formes de domination anciennes s'appuyant sur une forme d'intelligence collective séculaire et partagée par les valeurs de la société traditionnelle se sont heurtées à des formes d'intelligence collective plus performantes issues de l'utilisation d'Internet. L'architecture des logiciels à grande audience que nous connaissons en 2015 en Europe est le fruit de cette compréhension ou incompréhension d'Internet par les sociétés traditionnelles. L'incompréhension d'Internet par la société traditionnelle européenne a eu pour résultat la crise économique de 2009 et a pour conséquence en France, un déficit commercial accompagné d'une croissance très faible.

Notre propre démarche de recherche nous a permis d'analyser la coopération sous différents angles (sociologiques, mathématiques, économiques, ...) en postulant l'existence d'équilibres coopératifs moteurs et d'équilibre compétitifs attracteurs. La particularité des technologies de l'information est qu'elle favorise, elle démultiplie les effets de la coopération ou de la domination. Les traducteurs font remarquer que la domination au sens stricte est un cas particulier de l'exercice du pouvoir et, il s'avère en effet qu'elle est le reflet de la psychologie et plus particulièrement de l'état de santé physique et psychologique du décideur. Notre propre analyse repose sur la nature de la compréhension de la compétition et plus particulièrement de l'attraction de la compétition par les parties en présence. L'attraction de la compétition est ce qui engendre la violence, c'est pourquoi nous suggérons qu'utiliser la sémantique de domination qui est un idéal de compétition est inappropriée pour atteindre la performance industrielle qui a, par exemple, permis de construire et de déployer Internet. Nous le rappelons ici la domination, le fait de gagner la compétition, possède une nature addictive qui, pour employer une métaphore, est similaire à l'addiction à la nourriture engendrant des troubles du comportement d’anorexie, de boulimie ou d'obésité, venant de notre passé où ont existé famine et vie nomade.
Pour résumer, on suggère qu'aujourd'hui un comportement de domination est sous optimal et ce en grande partie grâce à l'apparition d'Internet. Il convient néanmoins de rester très prudent face aux réactions des sociétés traditionnelles qui ne comprennent pas d'autres moyens d'exploitation économique ou politique que la domination.

La suite du chapitre évoque la domination par la bureaucratie, la domination par l'organisation, qui sont encore des concepts très actuels en sciences des organisations et du management. Nous ferons cependant une distinction entre la domination bureaucratique et la notion de système d'exploitation économique, voir de logiciel économique. Cette distinction vient de la différence entre la stratégie industrielle qui procède d'une rationalité technique et économique avec la stratégie morale du dirigeant (la religion, l'orientation politique, ...) qui quand elle atteint des extrêmes influence l'exploitation économique pour réaliser des objectifs échappant à la rationalité économique, voir aux lois en vigueur dans le pays d'exploitation. Il convient alors ici de parler de domination et non d'exploitation ou d'opération. On remarquera que le système d'exploitation se traduit par système opérant en anglais (operating system).

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La domination bureaucratique

Commentaire général

Le début du chapitre illustre les mécanismes de gestion de la domination en oeuvre dans l'organisation bureaucratique. Les traducteurs évoquent le principe de substitution de la règle personnelle avec la règle générale, signifiant ici l'abolition de la contrainte sur la personne identifiée, par la substitution avec une contrainte standardisée et rationnellement définie.
Dans la suite de l'analyse les traducteurs évoquent sous le terme de domination les relations de pouvoirs mises en œuvre dans la bureaucratie en précisant un phénomène très répandu, l'usurpation du pouvoir par la domination du génie personnel (le chef) sans rapport avec ses réelles compétences d'administration.
Ces éléments nous intéressent car ils font appel à ce que nous appelons la cognition orientée individu. La cognition orientée individu est une manière naturelle de percevoir le monde, elle s'appuie sur l'intelligence émotionnelle à la différence de l'intelligence rationnelle qui s'appuie sur une architecture cérébrale de connaissance. Nous avons déjà évoqué la cognition orientée individu dans un commentaire de Max Weber, La ville, Les belles lettres, elle consiste à concevoir le monde au travers de l'anthropomorphisme, en apposant un modèle d'individu issue de la mémoire de l'expérience vécue dans la relation sociale avec la société et particulièrement avec le dominant. L'usage de la figure du chef charismatique dans la communication politique est un indicateur du degré d'intelligence collective substituant le raisonnement à base de connaissances avec le raisonnement à partir des émotions sur la figure et le corps du chef. L'usage de la domination par le génie personnel est un sujet que l'on rapprochera du mécanisme de l'adoration dans une démarche de méditation.
On précisera également que l'identité joue un rôle central dans le cadre des deux exemples cités précédemment. La substitution de la règle personnelle par la règle générale est un exemple de séparation entre l'identité et l'activité. La notion de génie personnel repose également sur une identité attractive, permettant l'identification ou l'imitation.

Les traducteurs développent ensuite une analyse historique mettant en évidence l'intérêt de la bureaucratie dans la cohésion territoriale de la nation. L'analyse économique et politique se poursuit par une analyse contemporaine sur la réactivité de la bureaucratie de nature étatique face à l'afflux des situations de crises économiques ou politiques suivies en temps réel par la couverture médiatique. On évoque ici la notion de bureaucratie étatique par opposition à la notion de bureaucratie des entreprises multinationales. C'est en effet la performance à rationaliser le territoire économique qui caractérise les technologies de l'information et de la communication, performance qui entre en compétition avec celle de la bureaucratie étatique, mettant ainsi directement en danger la souveraineté territoriale. On illustrera par l'affaire Alstom -General Electric, qui a vu s'opposer des intervenants et des démarches de communications en provenance du monde entier pour faire fléchir la volonté de conserver la propriété industrielle au plus haut niveau du gouvernement.
La suite de l'analyse développe l'intérêt de la bureaucratie comme genèse de la gestion de la domination. On remarque particulièrement l'opposition entre le savoir faire administratif élevé au rang de la virtuosité dans la bureaucratie, s'opposant à la volonté unilatérale du monarque qualifié de dilettante. Notre analyse personnelle issue de l'observation de la crise économique de 2009, avait remarqué l'érosion de la bureaucratie de nature étatique avec des éléments comme la disparition du commissariat au plan, la réduction des effectifs dans toutes les administrations (armée, justice, police, ...), érosion qui débute sous le premier septennat de Jacques Chirac.
La notion d'examen, soulevée à la fin du chapitre, généralisée dans l'accès à la promotion par la bureaucratie est décrite comme une opposition à l'érudition, à l'apprentissage tout au long de la vie. La réussite de l'examen conditionnant l'accès au pouvoir administratif pour de nombreuses années, ne développe pas d'incitation à poursuivre une voie intellectuelle de développement. Nous analyserons le propos d'une manière différente, en soulevant le problème de l'exploitation de l'examen par des minorités politiques, qui, de fait, ne sélectionne plus les meilleurs, mais plutôt les identiques. L'approche anglo-saxonne et germanique sur le sujet a mis en place un mode de sélection par le doctorat.

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La domination patrimoniale

Commentaire général

L'analyse historique de l'organisation militaire présentant l'armée patrimoniale comme rattachée à un Prince, les méthodes de cohésion, de recrutement, de promotion, illustrent l'omniprésence de la cognition orientée individu ainsi que d'une forme naturelle d'intelligence collective, la horde ou le groupe. Ainsi malgré l'apparente complexité de l'organisation militaire, associée à un nombre important d'individus, qui est décrite dans l'analyse historique, on s'aperçoit que l'élément de cohésion repose sur une forme de cognition structurant naturellement le groupe. C'est la façon de percevoir la société, et plus particulièrement les autres, à une époque où le niveau d'éducation moyen est dépourvu de technologie mathématique qui structure naturellement l'organisation (militaire) pour aboutir à une forme monarchique, impériale autour d'un chef, autour d'un Père. Cette forme naturelle de cohésion est en opposition avec une organisation militaire défendant un équilibre coopératif humaniste comme les droits de l'homme, et plus généralement la démocratie. C'est précisément le retour ou l'abandon d'une forme naturelle d'organisation qui caractérise l'évolution de toutes les intelligences collectives. Cette forme naturelle d'organisation se conçoit assez aisément comme la horde, le clan, la famille. On pourrait confirmer dans ce sens le mécanisme de l'adoration envers le monarque, le prince ou le chef.
La suite du chapitre présente la construction incrémentale des mécanismes de gestion de la domination. On s'aperçoit que c'est l'exercice du monopole qui est l’élément fondateur de la négociation politique entre les corporations, les classes et les fonctionnaires. L'exercice du monopole possède la particularité de permettre à ceux qui le détiennent d'imposer des objectifs stratégiques personnels, liés à la naissance d'un pouvoir de décision, divergents de la conduite des affaires en loyauté envers le souverain, dans l'antiquité, ou le bien être commun de nos jours. Il est important de remarquer que le monopole économique est toujours un levier pour faire passer des objectifs stratégiques propres au détenteur du pouvoir de monopole.
L'analyse historique de Weber sur la domination patrimoniale illustre une très grande connaissance de l'histoire. Les éléments historiques sont très précis, néanmoins un élément central de compréhension reposant sur l'étude de la gestion des ressources humaines, souvent par le fait du souverain, donne le sentiment d'un problème de perception de la société, on peut même dire de la communauté par elle même. On peut citer en exemple certains éléments historiques comme le recours à la main d’œuvre étrangère pour des postes de décision en rapport avec l'autorité souveraine. Ces éléments précisent la difficulté de vivre ensemble à des époques d'analyse très différentes. Le récit historique de l'auteur, par la manière dont il est rapporté et par les détails mis en évidence, cautionne également une omniprésence, voire une surabondance, des conflits liés à l'identité, à la nature des individus.
La suite du chapitre parcourt l'histoire du bassin méditerranéen et celle de l'Europe. On s'aperçoit dans la narration de l'auteur que notre analyse sur l'évolution incrémentale du système juridique s'appuyant sur le territoire et le partage de sa valeur (Max Weber, La ville, Les belles lettres), se trouve confortée par des détails historiques d'économie des organisations et de négociations politiques. Une remarque surgit à nos yeux sur un sujet existant toujours de nos jours, la négociation territoriale entre le régionalisme et la centralisation. Cette négociation se caractérise par une confrontation de volontés autour de la gestion, plus tard du pouvoir de décision, concernant une parcelle de territoire. Nous mettons en évidence la notion de volonté associée à l'autodétermination d'un territoire, car aujourd'hui de nouveaux territoires (économique, cybernétique, sous marins, spatiaux, ...) apparaissent et c'est précisément le manque de volonté de développer, d’accroître le patrimoine qui caractérise la situation de la France et de certains pays européens pendant la crise économique de 2009.

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La domination féodale

Commentaire général
L'auteur présente le système de domination féodal comme une alternative plus efficace pour l'exercice de la domination que le système de domination patrimonial. Une remarque de l'auteur attire notre attention sur le caractère instable de la domination féodale. L'auteur précise qu'un système féodal à son apogée est une forme des plus abouties de décentralisation de la domination. Le caractère naturel de la formation de la féodalité, son mécanisme de sélection et de reproduction met en évidence son efficacité à naître et à renaître. C'est un système de domination qui s'instaure naturellement par la mise en place d'une asymétrie de l'information, souvent associé à un faible développement intellectuel de la population. C'est précisément la persistance de son caractère naturel, sans recours à la technologie mathématique permettant l'administration de larges territoires et à la transition vers la domination patrimoniale qui provoque l'effondrement du système féodal, victime de ce que nous appelons l'équilibre attracteur de la compétition. Le système de domination féodal s'appuie sur le recours à la force et la contrainte physique, en d'autres termes c'est la loi du plus fort qui prédomine. La loi du plus fort caractérise assez bien l'équilibre attracteur de la compétition dans la mesure où la domination du plus fort est une apologie de la compétition, une apologie de la guerre. C'est pourquoi de nos jours, le terme de domination n'est pas approprié pour parler du système d'exploitation économique. Une autre caractéristique du système féodal est qu'il ne subsiste qu'à partir du génie personnel d'une poignée d'individus. Le système de domination féodal s'appuie véritablement sur l'incarnation du système de décision, le potentiel manuel et intellectuel des dominants. C'est en quelque sorte un système de domination artisanal, qui repose en partie sur la caractéristique psychologique des dominants à recourir à la force et à la régulation par la violence.
La suite du chapitre confirme le caractère d'instabilité d'une féodalité dépourvu de bureaucratie. L'évolution des techniques dans l'administration donnant un avantage concurrentiel, c'est l'apparition d'une élite intellectuelle dans la bureaucratie qui caractérise le passage à la stabilité des royaumes. On remarquera que de façon analogue la guerre froide URSS-USA a vu l'effondrement de l'URSS peu de temps avant l'arrivée d'Internet et du Personal Computer qui ont révolutionné l'administration gouvernementale de façon irréversible. C'est précisément l'avantage concurrentiel donné à une intelligence collective, la bureaucratie, par les technologies de l'information qui a permis aux USA de devenir le leader mondial et de se constituer de fait, un empire politique et économique.

Dans la suite du chapitre, l'analyse du développement de la bureaucratie dans la façon d'élever le niveau intellectuel nécessaire, met en évidence la genèse du système de décision qui ne peut plus être porté par le seul génie personnel du chef. L'auteur explique également les initiatives du développement intellectuel par des théocraties de chevaliers. Le développement intellectuel, assimilé à la tradition chevaleresque, caractérise le développement des arts et des sciences ayant pour objectif l'atteinte de la performance.

C'est l'opposition entre le génie personnel du chef et le progrès des arts et des sciences qui donne naissance à la négociation politique sur fond de revendication patrimoniale. L'auteur le précise le pouvoir du souverain s'appuie sur la tradition et la naissance du capitalisme, ses ruptures de paradigmes issues de l'innovation, mettent ce dernier en concurrence avec de nouvelles formes d'intelligences collectives et de contre-pouvoirs.
La critique de l'auteur, peut être est-ce le fait des traducteurs, semble étonnamment contemporaine.

L'auteur, procède d'une analyse du capitalisme dans la façon dont il apporte le pouvoir de négociation commercial à la population, le pouvoir d'achat de masse et l'opposition du souverain, qui tente par la réglementation et l'interdiction d'éviter l'érosion de son pouvoir politique et économique de type monopolistique. Plusieurs éléments nous font nous interroger sur le sujet. D'une part la sémantique utilisée en employant le mot capitalisme n'est pas complète, le capitalisme étant une enveloppe d'un facteur plus restrictif qui concerne l'accès à l'acte commercial et à la négociation économique pour le plus grand nombre. Le capitalisme, le libre échange favorise l'accès à l'acte commercial, mais les deux termes ne sont pas exactement équivalents. Dans un cas l'accès à l'acte commercial est synonyme de liberté ou de droit fondamental, dans l'autre il s'agit d'une évolution du système d'exploitation économique, voire d'une mode destinée à obfusquer le retour à une économie s'appuyant sur une féodalité, comme ce fut le cas en France depuis le deuxième septennat de François Mitterrand. D'autre part la réaction du souverain, face à la perte du monopole, mise en évidence par l'auteur, contribue à une image presque caricaturale, du moins profondément égoïste et dépourvue de capacité à coopérer de l'exercice du pouvoir.

L'auteur conclut le chapitre par les similitudes entre le patrimonialisme patriarcal, la domination des masses par un seul et le féodalisme, l'exercice du pouvoir par un petit nombre en état de porter des armes. Il est toujours question du monopole de l'activité économique ou politique. Ces formes de domination conduisant au sacre d'un chef ou d'un petit nombre sont aujourd'hui en opposition avec le niveau intellectuel qui est nécessaire pour évoluer dans la société occidentale du début du XXIième siècle. Le savoir faire caractéristique de cette époque est une forme d'aggrégation de connaissance qui mettent les idéologies à rude épreuve. Ainsi l'idéologie du libéralisme se traduit par une toute puissance américaine en occident avec une dépression économique et industrielle en Europe, alors que précisément les élites européennes des années 2000 ont appelé de leurs vœux et de leurs communications politiques cette idéologie, appelée libéralisme, mondialisation, ...
Le retour à la domination par un seul est caractéristique de la cognition orientée individu qui reste le seul repère valable pour les parties de la population qui se trouvent défavorisée par le changement de paradigme causé par Internet. Nous nous interrogeons sur l'aspect pathologique, lié à une psychologie de type innée ou acquise, du recours à la domination par un seul. L'auteur conclut le chapitre en évoquant la jalousie liée à la détention du pouvoir. Nous nous interrogeons précisément sur les causes de la surabondance de conflits dans l'exploitation économique et sur ses effets sur le système de décision et la psychologie des décideurs.

admin dit :

La domination charismatique

L'auteur évoque dans cette partie le charisme comme mode de domination politique en soulignant la justice qui découle de la représentation charismatique du dirigeant dans les yeux du peuples. L'auteur de remarquer quelques paragraphes plus tard que le charisme du dirigeant est associé à la guerre ou à la chasse aux grands animaux, réduisant ainsi la notion de charisme à un acte de consommation au sens propre ou au sens figuré.
La mise en opposition entre la vie quotidienne avec ses aléas économiques et l'éveil du charisme confirme ici le caractère naturel de la naissance de la caste reposant sur les notions d'identité et de réputation. C'est précisément l'obtention du charisme, aujourd'hui de la réputation sur internet, qui pose un problème de positionnement du regard sur les autres. La contemplation de l'identité est le mécanisme intellectuel qui permet à la domination charismatique d'exister, c'est également ce qui est à l'origine de l'esclavage ou de la ségrégation et plus généralement de la compétition intracommunautaire.
La naissance de la communication politique associée au droit de vote, abordée ensuite, dont les coûts sont similaires à ceux d'une guerre, lors des grandes élections permet de comprendre les enjeux liés à la représentation de l'identité du leader politique pour la constitution d'une clientèle. L'auteur le remarque, la personnalité, l'identité véhiculée du leader est le premier caractère structurant de l'organisation qui aboutira à la clientèle politique pour les élections. C'est par le recours à la cognition orientée individu sur le visage et le corps du chef que se forme l'organisation politique.
L'auteur le précise ensuite, la castration du charisme dans les partis politiques est l'élément nécessaire de la conservation du monopole par les leaders en place du système à différentes périodes d'analyse. C'est précisément l'incarnation du système de décision assimilée au charisme pour les populations dénuées de compétences administratives et techniques qui provoque l'agression et la régulation par la violence. Ce trait caractéristique de la régulation par la violence sur le fondement de l'incarnation peut être mis en évidence dans l'histoire du XXième siècle par le recours au génocide.
De même le génie personnel du chef s'oppose à la bureaucratie, l'éveil au charisme est marqué dans l'histoire par sa codification, voir son interdiction par l'usage de la transmission du charisme par la naissance. L'auteur distingue différents cas typiques d'éducation, le chevalier roi ou le magicien prêtre qui structure les organisations politiques en s'adaptant le cas échéant à l'adversité. C'est dans le conflit des représentations du monde que réside l'élément central de compétition et d'escalade vers la violence. Ainsi les analyses historiques de l'auteur montrent que l'éveil au charisme, se traduisant par la recherche de la performance au moment où c'est nécessaire, est toujours en conflit avec un détenteur du pouvoir dans les civilisations occidentales.

admin dit :

L'état et la hiérocratie

Les analyses historiques de l'auteur décrivent la genèse des organisations politiques en évoquant le fort pouvoir structurant de la pratique religieuse. L'analyse comparative des différents courants religieux, notamment en asie, évoque les luttes d'influence entre détenteurs du pouvoir et clergé, mettant ainsi en évidence le caractère attractif, de nature à en rendre avide de monopole, de l'incarnation du système de décision. C'est dans l'élaboration du dogme religieux que réside le pouvoir politique, car il consiste par sa nature spirituelle à transformer les représentations psychologiques. C'est précisément le conflit entre les représentations religieuses et l'exercice du pouvoir, notamment l'usage de la guerre, dont la résolution spirituelle est en difficulté, qui engendre la revendication du monopole de l'exercice du pouvoir.
On remarquera la grande connaissance de l'auteur concernant les philosophies bouddhistes ainsi que son admiration pour les constructions architecturales provenant du zèle religieux bouddhiste.
Le zèle religieux, souvent mis en évidence par Weber, semble toujours, dans ses analyses historiques, à l'initiative d'une innovation dans les sciences sociales. C'est le zèle religieux qui provoque la rationalisation de la conduite de la vie, propice aux éléments fondateurs de la rationalisation de l'activité économique, comme par exemple l'ascèse ayant pour objet le travail et le rendement économique.
L'origine du zèle religieux, mis en évidence dans les philosophies asiatiques provient de la nature énergétique de la condition physique et mentale, que l'on peut développer par le sport et la méditation. La rationalisation de la conduite de vie pour la santé, donnant naissance à certains développement de la médecine est à l'origine de la naissance du zèle religieux.
La danse rituelle, évoquée dans la suite du chapitre, souvent réprimée et codifiée est à l'origine du développement de la pratique sportive. La danse, parce qu'elle est un éveil à la liberté du corps, est souvent associée à l'éveil du charisme. On supposera que c'est l'éveil à la liberté, plus que la naissance d'un contre pouvoir qui donne lieu à répression et codification.
La naissance des organisations politiques fondées sur le zèle religieux, compatible avec une activité guerrière comme dans l'islam, se heurte à un changement de système d'exploitation économique. Le passage d'un mode de prédation économique, issue de la guerre, à un mode de développement économique fondé sur l'exploitation du territoire est la source de conflit principal au sein des organisations cléricales puis plus tard entre les corporations ou les classes de la population. C'est dans la résolution du conflit économique que progresse le degré d'intelligence de la société. On remarque dans les analyses historiques de l'auteur que la religion catholique s'est opposé dans l'histoire à l'usure, à l'usage du prêt, freinant ainsi le développement économique.

On remarquera que les analyses historiques de l'auteur dans les différents chapitres confirment l'association de la domination avec son usage exclusif, avec la constitution d'un monopole. C'est principalement par le recours à la contrainte et à la violence que s'instaure par effet naturel le besoin d'avoir un monopole exclusif de la domination. Ainsi on pourrait sans doute faire le corollaire entre l'usage de la violence et la formation du monopole politique. Ces éléments confirment ainsi une caractéristique de l'équilibre attracteur de la compétition, manifestant ses symptômes par la constitution d'un monopole de l'exercice du pouvoir. L'auteur évoque partiellement le concept d'incarnation, caractérisant le monarque et précisant la nature de son isolement liée à la nature sacré de sa personne. L'usage du sacré pour la personne du monarque est destiné à consolider l'unité du territoire. C'est à cause de l'usage exclusif de la cognition orientée individu qu'il est nécessaire d'avoir l'usage de l'incarnation du système de décision en la personne du dirigeant.

C'est l'arrivée du capitalisme, du droit à l'acte commercial pour tous, qui bouscule toutes les organisations pré existantes (hiérocratiques, monarchiques) en constituant des classes de bourgeois et de prolétaires. C'est l'accès à l'enrichissement pour toutes les couches de la population grâce à la liberté de commerce associée au droit de propriété qui permet par l'abandon du monopole de l'exercice économique, le progrès des révolutions industrielles. Le libre échange du capitalisme se heurte également au dualisme de la morale constitutif de la communauté ou de la secte, autorisant l'accès à la richesse pour les seuls membres de la communauté. Au XXIième siècle, la mondialisation, fruit de la révolution industrielle d'Internet, se heurte à certaines formes de nationalisme qui revendiquent la souveraineté économique et un retour à une forme de communautarisme, de patriotisme économique, comme ce fut le cas d'Arnaud Montebourg, lorsqu'il était ministre de l'économie. Il faut souligner aujourd'hui que la liberté de commerce pour tous repose sur des valeurs humanistes, elle fait partie d'un équilibre coopératif, mais le cynisme sectaire qui exploite les asymétries de l'information, la rend en quelques sortes, très fragile et exploitable. Dans la mesure où il y a une asymétrie des échanges de flux financiers, comme c'est le cas lors d'un déficit commercial au niveau d'un état, rationalisée par un dualisme de la morale collectif, alors le recours à des mécanismes de défense s'avère indispensable.