Shamar Rinpoche, Lo Djong, la voie vers l’éveil, Rabsel

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<Abstract>
Texte essentiel du bouddhisme mahayana, le lodjong, ou entraînement de l’esprit en sept points, est un très ancien recueil de préceptes permettant de transformer toute situation ordinaire, heureuse ou malheureuse, en une opportunité d’ouverture et d’évolution intérieure.
</Abstract>

<Sommaire>
<Introduction> Les enseignements du Bouddha</Introduction>

<Chapitre 1>Texte racine</Chapitre 1>

<Chapitre 2>Hommage à l’être de grande compassion</Chapitre 2>

<Chapitre 3>Apprendre les préliminaires</Chapitre 3>

<Chapitre 4>L’entraînement aux deux Bodhicittas</Chapitre 4>

<Chapitre 5>La transformation de l’adversité en chemin d’éveil</Chapitre 5>

<Chapitre 6>La mise en application</Chapitre 6>

<Chapitre 7>De l’entraînement de l’esprit en cette vie</Chapitre 7>

<Chapitre 8>L’évaluation de l’entraînement de l’esprit</Chapitre 8>

<Chapitre 9>Les conseils pour l’entrainement de l’esprit</Chapitre 9>

<Conclusion/>

<Dernières remarques/>

</Sommaire>

<Auteur>

Oeuvrant depuis plus de trente ans à la diffusion des enseignements du Bouddha à travers le monde, Shamar Rinpoché, dont le nom signifie détenteur de la coiffe rouge, a été l’un des principaux disciple de Sa Sainteté le Seizième Karmapa. Durant de nombreuses années, il a enseigné dans les centres karma kagyu fondés par le seizième Karmapa, Chögyam Trungpa et Kalou Rinpoché. A partir de 2001, il a créé en Asie, Europe et Amérique du Nord, les Bodhi Path, centres rimé (non sectaires) où la principale pratique enseignée est celle du lodjong, ou entrainement de l’esprit en sept points. Shamar Rinpoché est également l’auteur du livre Les deux visages de l’esprit.

</Auteur>

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5 commentaires on “Shamar Rinpoche, Lo Djong, la voie vers l’éveil, Rabsel

  1. Préface de la traductrice

    De tout ce qu’Atisha nous a légué, ses enseignements sur l’entrainement de l’esprit, qu’il introduisit dans l’univers religieux tibétain et qui prirent par la suite le nom de lodjong, constituent l’un des éléments les plus persistants. En entraînant le pratiquant à la compassion et au développement de la sagesse, les enseignements du lodjong opèrent une profonde transformation dans son esprit. A la fois concrets et profonds, ces enseignements n’ont rien perdu en popularité ni en pertinence, malgré les immenses changements qui se sont produits sur le plan culturel au cours des mille dernières années.

    Lara Braitstein (McGill University 2009)

  2. Introduction:

    les enseignements du Bouddha

    (…)
    Après que le Bouddha ait quitté son corps, les Mahapanditas ou Grands Erudits, interprète qualifiés de son dharma, ont classé tous ses enseignements en trois yanas ou véhicules. Le premier d’entre eux est caractérisé par le fait que ses enseignements tournent autour de l’absence de soi (anatman).
    Sa perspective est le non-soi et sa pratique consiste à méditer sur ce non-soi. Les pratiquants de ce premier yana ont une conduite basée sur le code de discipline monastique, le vinaya, dont les règles incluent le stricte célibat. La sexualité est la cause de la renaissance – à la fois en termes de moyen de reproduction et en termes d’implantation de graines dans votre esprit dont le résultat est votre propre renaissance. en renonçant à cette cause et en suivant la voie directe de la méditation, un pratiquant parvient à la réalisation du non-soi.

    L’auteur parle ici des graines karmiques qui constituent autant de facteurs créateurs du samsara, monde de souffrance dans lequel nous vivons aujourd’hui. Nous ne saisissons pas exactement pourquoi l’abstinence sexuelle permet la réalisation du non-soi. Nous soulignons le fait car cette emprise du soi, phénomène intrinsèque mais aussi extrinsèque, effet de notre environnement, est d’une importance cruciale dans la recherche d’un mode de vie laïc permettant la progression collective vers cet idéal spirituel qu’est le Bouddha. Nous faisons appartenir cette remarque, à une voie que les taoïstes appellent « cueillir des paquerettes en dehors du Tao ».

    Les deuxième et troisième véhicules sont tous deux destinés aux bodhisattvas, pratiquants tenus par l’engagement de leur intention altruiste qui est de venir en aide à tous les êtres. L’optique de ces deux véhicules est la vacuité ou shunyata: la compréhension que le monde tel que nous l’expérimentons, divisé en sujet et objet – en celui qui perçoit et ce qui est perçu-, n’existe pas réellement en tant que tel. Puisque tout ce que nous expérimentons n’a pas d’existence inhérente, cela ouvre la possibilité à toute chose de se produire. La méditation pratiquée dans les deuxième et troisième véhicules vous permet d’expérimenter cette vue de la vacuité et vous entraîne ensuite à utiliser les illusions des êtres pour leurs bienfaits. Il vous est ainsi possible d’employer l’illusion des apparences duelles à des fins positives. En fait, vous pouvez apprendre à mieux renaître parmi toutes sortes d’êtres afin de leur être utile. Le mérite généré en aidant continuellement les autres, de manière de plus en plus habile, est comprarable à un espace sans limites où s’accumule un trésor dont le résultat final sera le parfait éveil – le plus utile et le plus fructueux de tous les états. Mais dans ces deux yanas, l’accent n’est pas mis sur la même chose et c’est ce qui les distingue: le deuxième véhicule comporte de nombreux enseignements sur la vacuité tandis que, dans le troisième, il est davantage question de ce qui s’élève de la vacuité.

    Ce passage forge une croyance manifestement centrale dans le bouddhisme. L’intérêt de cet enseignement est qu’il est nécessaire de l’intégrer, de le faire sien. Nous remarquons néanmoins une lecture matérielle de l’enseignement, causée pas la sémantique matérialiste communément admise dans nos sociétés pour des termes tels que « trésor », « parfait éveil », « le plus fructueux ». Nous remarquons également que c’est la notion de mérite qui permet l’ascension spirituelle vers la bouddhéité car c’est en effet « un ciment », un moyen de cohésion social très fort et très vertueux. Très proche du confucianisme, ce propos pourra être modéré par ce vers .//?p=50, dans la mesure où l’évaluation du mérite reste à déterminer.

    Ce dernier est en fait utile à toutes sortes de pratiquants: les shravakas ou auditeurs, les pratyékabouddhas ou ceux qui réalisent en solitaires, et les bodhisattvas.

    Pour parvenir à l’éveil, l’étude de ces sujets ne suffit pas. Pour atteindre le but, vous avez aussi besoin d’en avoir la clé. Et la clé, ce sont les instructions essentielles qui révèlent le coeur des enseignements. Chaque pratique a une clé, qui n’est pas toujours explicite. Ceux qui détiennent la clé, ce sont les quelques pratiquants sérieux auxquels elle a été transmise par la longue lignée des maîtres de méditation les plus expérimentés. Il y a en réalité quatre sortes d’enseignants : ceux érudits qui n’ont pas de clés, ceux qui enseignent et possèdent les instructions clés, mais qui n’ont pas la formation ou l’aptitude d’un érudit, ceux qui sont à la fois détenteurs des clés et érudits, et bien sûr quelques uns qui n’ont ni clé ni formation !

    On remarque également dans ce passage que l’expression juste de la nature des enseignements bouddhistes, et plus généralement orientaux est en quelque sorte privée de son aspect poétique et magique par le matérialisme de la recette à appliquer. Notre propre interrogation nous interroge sur notre critique. Nous constatons qu’une fois l’intérêt pour les enseignements éveillé, les attitudes consistant à croiser les enseignements en les faisant notres sont particulièrement propices à la progression de la compréhension.

  3. Le texte racine

    Premier point: apprendre les préliminaires et s’entraîner en outre à ne pas conceptualiser les trois sphères.

    Tout d’abord, entraîne-toi aux préliminaires.
    Pense que tous les phénomènes sont comme un rêve.

    Deuxième point: instructions-clés pour l’entraînement aux deux bodhicittas, en commençant par la bodhicitta ultime.

    Examine la nature non née de l’esprit.
    Purifie en premier lieu l’émotion négative la plus forte.
    Le remède lui-même se libère spontanément.
    Demeure dans l’essence de l’esprit, la base de toute chose.

    Dans la post-méditation, sache que tous les phénomènes sont illusoires.
    Abandonne tout espoir de résultats.

    Viennent ensuite les instructions sur la façon d’unir la bodhicitta conventionelle et la bodhicitta ultime:
    Pratique en alternance la prise et le don.
    Etablis-les sur le souffle.
    Trois objets, trois poisons, trois racines de vertu.
    Entraîne ta conduite selon les préceptes.

    Troisième point: convertir l’adversité en chemin d’éveil
    Ce point comporte une instruction générale et trois instructions particulières
    L’instruction générale:
    Quand les êtres et le monde sont emplis de négativité, transforme l’adversité en chemin d’éveil.

    Les trois instructions particulières:
    – Comment la bodhicitta conventionnelle sert à transformer les circonstances adverses en chemin d’éveil:
    Tiens une seule faute pour responsable de toutes les infortunes. Pense à la grande bonté de tous les êtres.

    – Comment la bodhicitta ultime sert à transformer les conditions adverses en chemin d’éveil:
    Médite les apparences illusoires comme étant les quatre kayas. La vacuité est la protection insurpassable.
    Trois vues sont comme le trésor du ciel,
    la protection insurpassable du yoga.

    Instructions spécifiques pour transformer l’adversité en chemin d’éveil:
    Maîtriser les quatre pratiques est la méthode suprême.
    Tout ce que tu rencontres à chaque instant, intègre-le dans ta méditation.

    Quatrième point: mettre en oeuvre l’entraînement de l’esprit de cette vie.
    Condensées en leur essence, voici les instructions:
    Entraîne-toi aux cinq pouvoirs.
    Les enseignements du Grand Véhicule portant sur la mort sont les cinq pouvoirs eux-mêmes ; ta conduite est cruciale.

    Cinquième point: évaluer l’entraînement de l’esprit
    Tous les enseignements du dharma ont une seule raison d’être
    Remets-t’en au meilleur des deux témoins.
    Appuie-toi constamment sur la joie de l’esprit.
    Si, même distrait, ton aptitude demeure, tu es bien entraîné.

    Sixième point: les engagements liés à l’entraînement de l’esprit
    Respecte toujours les trois principes de base.
    Transforme ton attitude en restant naturel.
    Ne parle pas des défauts des autres.
    Ne pense rien des fautes d’autrui, quelles qu’elles soient.
    Abandonne la nourriture empoisonnée.
    N’aide pas les autres en fonction de ce que tu leur dois.
    Ne dévoile pas les fautes d’un autre pour l’irriter.
    N’attends pas en embuscade.
    Ne frappe jamais au coeur.
    Ne mets pas la charge d’un boeuf sur une vache.
    Ne vise pas à être le meilleur.
    N’utilise pas le remède à mauvais escient.
    Ne te sers pas des dieux pour mal agir.
    Devant tous, comporte-toi comme un humble serviteur.
    Ne te réjouis pas de la souffrance d’autrui.

    Septième point: conseils pour l’entraînement de l’esprit
    Pratique tous les yogas avec un seul but.
    Viens à bout de tous les obstacles par une seule méthode.
    Au début et à la fin, deux actions à accomplir.
    Sois patient avec tout ce qui advient, dans un cas comme dans l’autre.
    Préserve les deux, même au péril de ta propre vie.
    Entraîne-toi aux trois difficultés.
    Respecte les trois causes principales.
    Cultive les trois sans qu’ils s’amoindrissent.
    Rend inséparable les trois.
    Pratique de manière impartiale.
    Tout entraînement doit être profond et t’imprégner.
    Médite avec constance en toutes circonstances.
    Ne dépends pas des conditions extérieures
    A partir de maintenant, pratiquer est ta priorité.
    Ne sois pas mal orienté.
    Ne sois pas inconstant.
    Entraîne-toi sans interruption.
    Libère par l’examen et l’analyse.
    Ne cherche pas la reconnaissance.
    Ne t’accroche pas à la colère.
    Ne sois pas lunatique.
    Ne sois pas en quête de gratitude.

    Pour conclure, Tchékawa exprime à présent sa certitude afin d’encourager les autres.

    Grâce à la force de mon intention et de ma résolution,
    J’ai ignoré ma souffrance et ma mauvaise réputation
    et obtenu les instructions pour vaincre
    ma propre saisie égocentrique.
    A présent, je n’ai aucun regret, dussé-je mourir à l’instant même.

  4. Grandeur de la pratique

    Ces cinq dégénérescences qui s’accroissent,
    Tu dois les convertir en chemin d’éveil

    Nous sommes actuellement dans l’ère des cinq dégénérescences, à une époque où un bon éon est en train de s’achever. Par « nous », je ne fais pas référence à notre génération, ni même à une période en incluant une ou deux précédant la nôtre. Notre ère est la même que celle du bouddha Sakyamuni: lui aussi est né a enseigné durant ces temps dégénérés. Le bon éon a eu ses propres bouddhas, les quatres premiers. Nous sommes extrêmement chanceux qu’un bouddha se soit manifesté dans cet éon difficile. Pendant de nombreuses et nombreuses générations, des êtres ont vécu et continue de vivre dans des conditions très difficiles. Pour désigner ces conditions, on parle des « cinq dégénérescences » ou des cinq crises. Celles-ci sont aussi courantes de nos jours qu’elles l’étaient il y a deux mille ans.
    La vie physique: la durée de vie humaine se limite à environ cent ans. Même avec les avancées de la médecine moderne et la possibilité d’avoir une alimentation saine, cette espérance de vie reste limitée. Nos corps physiques sont sujets à de nombreuses maladies capables d’abréger notre existence.
    L’époque: nous sommes soumis à des conditions environnementales précaires, résultat de notre karma collectif. Nous sommes confrontés à de nombreuses catastrophes naturelles qui peuvent frapper à tout moment, telles que les ouragans, les tornades, les tremblements de terre, les inondations, les incendies, et des guerres soudaines déclenchées par des individus stupides.
    L’imperfection des êtres: notre nature actuelle n’est pas parfaite. Même si nous avons le potentiel de la développer de façon positive, ce n’est pas notre tendance, car nos nombreuses imperfections, telles que l’agressivité, entravent nos possibilités de nous améliorer.
    Nous vivons une époque où la plupart des gens nuisent les uns aux autres. Nous nous retrouvons au beau milieu de guerre et d’un climat de violence et d’exploitation. Beaucoup de gens subissent de terribles atrocités perpétrés par leurs semblables.Nous sommes aussi cruels envers les animaux, et les animaux eux-mêmes s’attaquent les uns les autres. Le mal que les êtres vivants s’infligent mutuellement est à son paroxysme.
    Les vues erronées: l’ennui avec les vues erronées, c’est qu’elles créent de nombreux problèmes dans le monde. Les points de vues imparfaits des masses trouvent leurs racines dans la saisie égocentrique, la confusion et l’égoïsme. ces erreurs de mode de pensée perpétuent dans la société l’injustice et une discrimination néfaste. Les vues erronées se sont malheureusement taillé leur place dans tous les domaines de la vie – que ce soit le système social comme celui religieux, culturel, politique ou juridique.
    Emotions pertubatrices: partout, les gens sont sous l’emprise des émotions négatives. En fait, les émotions pertubatrices s’élèvent constamment, de façon très naturelle. bien que, pour elles, il existe des remèdes, leur mise en application se révèle être une tâche plutôt ardue. Si nous souhaitons développer ne serait-ce qu’une vertu infime, nous devons exercer un grand effort, car la plupart du temps les émotions négatives nous submergent tout simplement.

    (…)
    Un autre parallèle illustre l’éclat du lodjong: comme il est dit, ces très précieux enseignements brillent aussi vivement que le soleil lui -même. Nous avons à notre disposition toutes sortes de lumières artificielles ; des bougies, des lampes à pétrole, des ampoules électriques. Mais face au soleil, tous ces éclairages artificiels sont superflus. Le soleil dissipe complètement l’obscurité et tout se révèle clairement en sa présence. De la même manière, le lodjong dissipe l’ignorance de notre esprit et révèle chaque chose telle qu’elle est.

  5. Apprendre les préliminaires

    La première étape vers l’éveil consiste à prendre refuge dans les Trois Joyaux: Le Bouddha, le Dharma et la Sangha.

    Toutefois, avant même de franchir ce premier pas qu’est le voeu de refuge, vous devez apprendre les quatre pensées qui tournent l’esprit vers l’éveil: cette précieuse existence humaine, l’impremanence, le karma, et les défauts du samsara. Il est important de réfléchir vraiment à cela pour obtenir un bienfait durable. Vous devez comprendre le sens des quatre Pensées en voyant dans quelle mesure elles vous concernent. Quelle signification ont-elles, maintenant dans votre vie ? Voyez quelle différence elles induisent quand vous y réfléchissez et en tenez compte dans les situations quotidiennes. Vous commencerez ainsi à en apprécier les qualités.

    La précieuse existence humaine
    Un mendiant trouva un jour un très gros rubis au bord d’un chemin. Il ne savait pas qu’il pouvait en obtenir beaucoup d’argent en échange et continua à aller mendier chaque jour sa nourriture, alors que pendant tout ce temps le rubis était dans sa poche. Pour finir, il mourrut mendiant. Il ne s’était pas servi de cette pierre précieuse et elle ne valait donc rien pour lui. Cette histoire très simple nous ramène au fait que si vous ne réalisez pas à quel point votre vie est incroyablement précieuse maintenant, elle a alors autant de valeur qu’un rubis caché dans votre poche.

    L’impermanence
    Penser à l’impermanence, au caractère inévitable de la transformation et de la mort, change la façon dont vous êtes en relation avec tout ce qui vous entoure. Il est important d’être conscient de l’impermanence.

    Le karma
    En ce qui concerne le karma, vous devez examiner de près les causes et les effets qui se révèlent dans les différentes situations auxquelles vous êtes confronté. Tout provient d’une cause. Dans la mesure où vous comprenez que les causes négatives produisent toujours des résultats négatifs, vous allez prendre la résolution d’agir de façon positive. Comprendre comment les graines karmiques sont plantées et mûrissent peut vous aider à comprendre comment fonctionne le karma.
    Fondamentalement, l’esprit qui est dans l’illusion est la source de chaque vie, et son expérience du royaume particulier dans lequel il prend naissance est l’illusion qu’il projette.
    Tout au long de votre existence, l’expérience de chaque instant, de chaque impression dépend de votre conscience. Les enseigenements expliquent qu’il y a une conscience distincte pour chaque organe sensoriel: il y a une conscience pour l’oeil, une conscience pour l’oreille, une conscience pour la langue, une conscience pour le nez et une conscience pour la peau (sens du toucher). Et il y a en outre une conscience pour l’esprit. Tout ce que vous voyez dépend du fonctionnement de votre conscience visuelle, ce que vous sentez est fonction de votre conscience olfactive et ainsi de suite, et ce que vous pensez dépend de votre conscience de l’esprit. Toutes les consciences associées aux organes sensoriels physiques rendent pour ainsi dire compte à la conscience de l’esprit ; ainsi les impressions visuelles, auditives, gustatives sont recueillies par les consciences sensorielles et transmises à la conscience de l’esprit.
    Celle-ci assemble tout cela en toutes sortes d’objets mentaux complets – images, pensées, concepts. Cette conscience de l’esprit comprend également l’espace où sont plantées les graines karmiques ou impressions. C’est la base de tout. Des facteurs tels que l’ignorance, l’égocentrisme, l’orgueil, la colère, l’envie et la haine plantent des graines karmiques, tandis que celles positives ont pour origine des choses telles que l’altruisme, la compassion et l’amour bienveillant. Les graines positives produisent des résultats tels qu’une précieuse renaissance humaine.
    La force du résultat de chacune de ces graines dépend énormément de la force de votre intention. Essayez de penser uniquement de façon positive pendant un certain laps de temps et vous réaliserez rapidement à quel point les états mentaux négatifs s’élèvent beaucoup plus facilement que ceux positifs. Il faut une énorme volonté pour penser de façon positive et pas le moindre effort pour laisser l’esprit demeurer dans la négativité. A présent, pensez combien vous et d’autres avez spontanément, et sans aucun effort, planté de graines négatives dans votre courant de conscience, depuis des temps sans commencement.

    Les défauts du samsara

    Bien que la nature insatisfaisante du samsara soit une évidence si vous y réfléchissez, vous devez néanmoins vous convaincre d’y penseer. Nous pouvons examiner le samsara en termes d’expérience individuelle ou collective. commençons par celle individuelle. Chaque être humain sur cette terre aspire au bonheur. Nous voulons tous être aussi heureux que possible. D’où provient le bonheur selon nous ? En général, nous l’imaginons associé à une nourriture délicieuse, à une histoire d’amour, à la sexualité, à la renommée et au pouvoir.
    (…)
    On peut alors se demander ce qui, en dehors de ces choses, est bon dans le samsara ?
    Examinons maintenant l’expérience collective, en commençant par celle des êtres humains. La vie s’écoule chaque jour. Votre vie et celle des autres – de vos amis, de vos ennemis, de votre famille, etc. -défilent discrètement.
    (…)
    L’impermanence est inévitable et inéluctable, quel que soit le royaume dans lequel vous prenez naissance.
    Et aussi longtemps que vous demeurez dans l’ignorance et la saisie égocentrique – depuis des temps sans commencement -, vous accumulez du karma. Voilà pourquoi, une fois que vous avez trouvé des directives claires pour sortir du samsara, vous ne devez pas rater cette opportunité !
    Une fois que vous avez suffisamment réfléchi à ces quatre pensées vient le moment de considérer les qualités des objets de refuge. Ce faisant, vous plantez de très puissantes graines karmiques dans votre esprit. Renforcé par le pouvoir de la prise de refuge, ces graines salutaires se frayeront dans chaque vie un chemin jusqu’au tout premier plan de votre existence. A chaque renaissance, vous trouverez la voie conduisant aux enseignements.

    Bouddha
    Le bienfait ultime de la prise de refuge dans le Bouddha est donc de planter les graines de votre propre obtention de la bouddhéité. Le bienfait temporaire et immédiat est que cette graine de bouddhéité va vous permettre d’accumuler tout le mérite nécessaire pour parvenir à l’éveil.

    Dharma
    Le dharma est à la fois l’expérience de la réalisationet l’explication que constitue les paroles du Bouddha. Le sens du dharma est parfait, sa formulation est parfaite, et il correspond parfaitement aux besoins des êtres sur le chemin de l’éveil. Quand vous prenez refuge dans le dharma, le bienfait ultime est que vous plantez dans votre coeur la graine de l’aptitude à dirigertous les êtres vers la bouddhéité, grâce à un pouvoir de la parole qui sera parfait et sans limites.

    Sangha
    Sangha est le terme qu’on emploie pour désigner la parfaite communauté de pratiquants. Il y a deux sangha : celle ordinaire et celle supême. La sangha ordinaire n’est en réalité pas ordinaire du tout: elle est constituée de ceux qui respectent parfaitement la discipline du vinaya et ses deux cent cinquante trois voeux. Leur esprit est bien entraîné à la pratique de chiné (méditation du calme mental et de la stabilité, shamatha en sanscrit) et de lhaktong (méditation de la vision supérieure, vipashyana en sanscrit) et leur motivation est grande concernant l’éveil.

    Chiné ordinaire
    Un autre aspect des préliminaires consiste à reconnaitre que l’esprit a besoin d’être dompté. Les pensées doivent être contrôlées. Pour y parvenir, il vous faut apprendre la méditation de chiné, ou méditation du calme mental et de la stabilité. Chi est une abréviation du mot tibétain chiwa qui signifie « tranquille », « calme » ou « en paix ». Né abréviation de népa, veut dire « reposer », « demeurer ».

    La posture assise

    1. Quand vous méditez, vous devez vous asseoir le dos droit. Vos jambes peuvent être complètement croisées, en tailleur, la jambe droite étant devant la jambe gauche. Les personnes ayant de longues jambes s’assoient en général sur un coussin plus haut, mais la hauteur de celui-ci dépend en fait des proportions de votre corps. L’important est que votre colonne vertébral soit totalement droite. Votre estomac est légèrement rentré en arrière, tandis que, pour équilibrer, votre abdomen se positionne un tout petit peu vers l’avant. Cela maintient la partie centrale de votre corps très droite et c’est la posture idéale pour méditer.

    2. Pour que la partie centrale de votre torse soit encore plus droite, vos épaules doivent être au même niveau et droites.

    3. En ce qui concerne vos mains, vous pouvez les poser l’une sur l’autre dans la posture de méditation, c’est à dire paumes tournées vers le haut, main droite sur la main gauche, cette dernière reposant dans le giron. Redressez un peu les épaules vers le haut et vers l’arrière de sorte que, sur les côtés, vos bras fassent légèrement pression contre votre corps. Cette position favoris encore davantage une colonne vertébrale bien verticale et droite. Autre possibilité, vous pouvez laisser vos mains reposer sur vos genoux, paumes tournées vers le bas, en veillant à maintenir les épaules droites.

    4. Courbez légèrement la nuque, de sorte que votre menton soit un peu rentré, en direction de la cage thoracique.

    5. Vos yeux à demi ouverts, regardant en face, légèrement vers le bas.

    6. Votre bouche ne doit ni ouverte ni solidement fermée avec les machoires serrées. Les lèvres sont détendues dans une position très naturelle.

    7.La respiration se fait principalement par le nez et non par la bouche.

    Voilà quels sont les points essentiels d’une posture correcte du corps pour méditer. Voyons maintenant les instructions montrant comment l’esprit doit se concentrer.
    Pour entraîner l’esprit à se concentrer, vous devez vous focaliser sur votre respiration. Il y a pour cela plusieurs techniques. D’abord, représentez-vous votre souffle comme un faisceau de lumière, clair et très fin. Tandis que vous inspirez et expirez, vous vous concentrez sur ce rayon de lumière qui entre et sort par vos narines. Comptez chaque respiration – c’est à dire une expiration et une inspiration – jusqu’à ce que vous parveniez à vingt et un. Vous pouvez commencer en inspirant doucement et ne compter qu’à partir du moment où vous expirez et inspirez à nouveau -un. Expir, inspir – deux. Expir, inspir – trois. Et ainsi de suite. Pour vous aider à compter, vous pouvez utiliser un mala (rosaire de méditation) ou un compteur à main. Comptez vingt et une respirations, puis faites une courte pause avant de recommencer. Compter à nouveau vingt et une respiration tout en visualisant votre souffle comme un faisceau de lumière.
    Au début, quand vous essayer de faire cela, votre esprit risque d’être distrait et il vous sera difficile d’arriver à vingt et une respirations. Ne soyez pas inquiet, même si vous avez beaucoup de mal au départ. Calmement, ramenez simplement votre concentration sur le souffle. Le fait de compter vingt et une respirations de manière bien concentrée va engendrer le calme dans votre corps, votre parole et votre esprit. Quand vous êtes capable de compter vingt et une respiration sans aucun perturbation ni distraction, vous êtes déjà parvenu à un très bon degré de concentration. Lorsque vous pourrez le faire de très nombreuses fois avec la même qualtié de concentration, votre esprit s’habituera rapidement à cette discipline.
    A ce stade, il est bon également de mettre en oeuvre un peu de philosophie analytique. Pendant que vous concentrez votre esprit sur la respiration, examinez quelle relation existe entre les deux. L’esprit est-il la même chose que le souffle, est-il différent de lui ? Nous comprenons tout d’abord que l’esprit et le souffle ne sont pas identiques ; la respiration est ce sur quoi l’esprit se focalise, il ne s’agit donc pas de la même chose. En même temps un esprit centré sur l’image du souffle n’est pas différent du souffle lui même. Il en est ainsi parce que pour avoir une vision sur laquelle se focaliser ; l’esprit et la respiration ne peuvent pas non plus être totatlement distincts. En fait aucun des deux ne peut exister indépendamment. Sans l’esprit ce genre de respiration centrée n’est pas possible.
    Expiration, inspiration. Est ce que cela existe en lui même ? Non parce qu’il y a contrôle. Sans la focalisation de l’esprit, vous ne respiriez pas ainsi. L’esprit et la respiration dépendent l’un de l’autre pour « exister » à mesure que nous en faisons l’expérience. Comme c’est le cas dans tous les phénomènes, ce qui est perçu et l’esprit qui perçoit ne sont pas distincts. L’esprit et la respiration ne sont donc ni de la même nature, ni différents. Telle est la nature de l’illusion: vide comme un rêve. Permettez vous d’expérimenter l’esprit et le souffle comme n’étant ni séparé ni un. Avec cette compréhension, vous ne devez, pendant que vous méditez, saisir ni l’esprit ni le souffle comme vraiment existants.

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